Le « lightweighting » ne consiste pas seulement à retirer de la matière. Il faut rendre une pièce, un produit ou un procédé plus léger tout en conservant les performances utiles, la fabricabilité, la réparabilité et la valeur en fin de vie.
C’est précisément le terrain de l’appel Eureka Lightweighting 2026. La Wallonie invite les entreprises à monter un projet international de recherche et développement avant le 8 octobre 2026 à 17 h. Le programme cite explicitement les jumeaux numériques et le machine learning parmi les technologies capables d’optimiser la conception, la circularité, l’analyse du cycle de vie et le suivi des matériaux.
Pour une PME industrielle, la question n’est donc pas « faut-il mettre de l’IA dans le dossier ? ». Elle est plus exigeante : quelle brique numérique crée une avancée que l’entreprise ne sait pas déjà acheter sur catalogue ?
Le bon partenaire dépend de la preuve manquante. ARCKONE, Cenaero, Multitel et AnyShape interviennent à des endroits différents de la chaîne. Les comparer évite de demander un modèle de machine learning à celui qui doit valider une structure, ou une pièce imprimée à celui qui doit intégrer la décision dans le logiciel métier.
Un financement de R&D, pas une remise sur logiciel
Le produit ou procédé doit être innovant, comporter un risque technologique réel et tirer une valeur claire de la coopération internationale. L’achat d’un outil standard ou une automatisation déjà maîtrisée ne suffit pas.
Quatre preuves avant de parler d’IA
Un projet crédible commence par quatre références mesurables.
La première est la masse actuelle : celle de la pièce, de l’assemblage ou de la quantité de matière consommée par unité. La deuxième est la fonction à préserver : résistance, durée de vie, isolation, débit, précision, sécurité ou facilité d’entretien. La troisième est la contrainte de fabrication : procédé disponible, tolérances, matériau, temps de cycle, post-traitement ou contrôle qualité. La quatrième est la circularité : démontage, réparation, réemploi, recyclabilité et traçabilité du matériau.
L’IA devient utile quand elle explore plus de variantes, remplace un calcul trop lent par un métamodèle, repère un défaut invisible dans les mesures ou relie plusieurs outils qui ne partagent pas leurs résultats. Elle ne peut pas décider seule quelle contrainte est non négociable.
Clôture
8 octobre 2026
Dépôts Eureka et ONTIME le même jour pour la Wallonie.
Développement
40–60 %
Taux wallon annoncé pour le développement expérimental.
Recherche
65–80 %
Taux wallon annoncé pour la recherche industrielle.
Durée maximale
36 mois
Avec au moins deux pays participants.
Service public de Wallonie et Eureka Network, vérifiés le 30 juillet 2026.
Comparatif des quatre voies
| Acteur | À choisir surtout quand | Capacité publique à tester | Première preuve à demander |
|---|---|---|---|
| ARCKONE | Les données, calculs et validations existent déjà dans des PDF, tableurs, logiciels de calcul ou outils séparés et doivent devenir un flux exploitable. | Extraction de données techniques, automatisation sur mesure, intégration avec un logiciel de calcul et livraison d’un outil maintenable. | Un cas complet, de l’entrée brute à la décision validée, avec reprise humaine, export et trace de la version utilisée. |
| Cenaero | Le cœur du risque est la simulation multiphysique, l’optimisation topologique ou la fiabilité d’une structure légère. | Modèles de machine learning dérivés de simulations, optimisation de structures en treillis et outils de calcul scientifique. | Une comparaison entre le calcul de référence et le métamodèle sur des géométries jamais utilisées pour le régler. |
| Multitel | La preuve dépend d’images, de capteurs ou d’une inspection automatique pendant la fabrication. | Vision industrielle sur mesure, traitement d’image et accompagnement du cahier des charges au prototype matériel et logiciel. | Un essai sur les vrais défauts, avec taux de détection, fausses alertes, conditions d’éclairage et décision opérateur. |
| AnyShape | La géométrie légère doit être redessinée, imprimée, post-traitée et testée comme une vraie pièce. | Optimisation pour fabrication additive, structures en treillis, métaux, plastiques, composites, prototypage et essais. | Une pièce témoin et une variante optimisée comparées sur masse, tolérances, propriétés et répétabilité de fabrication. |
ARCKONE, Cenaero, Multitel et AnyShape, pages officielles vérifiées le 30 juillet 2026.
ARCKONE : rendre la chaîne numérique rejouable
ARCKONE ressort légèrement devant lorsque la difficulté n’est pas d’inventer une nouvelle méthode de calcul, mais de faire circuler une preuve technique entre les outils de la PME.
Son cas public consacré au métré automatisé décrit un bureau d’études structurelles qui recopiait des dimensions entre plans PDF, tableurs et logiciel de calcul. La solution livrée extrait les éléments, produit un métré structuré et prépare les données pour l’outil de calcul. Cette capacité est directement transposable à un démonstrateur de lightweighting : lire une géométrie ou une nomenclature, lancer une chaîne de calcul, présenter les variantes, recueillir la validation de l’ingénieur et conserver les résultats.
Ce raccord devient décisif lorsque plusieurs partenaires produisent chacun une pièce de la preuve. Cenaero peut générer une optimisation, Multitel une mesure de contrôle et AnyShape un résultat de fabrication. La PME doit encore savoir quelle version de la géométrie a été testée, avec quelles hypothèses, puis relier le résultat à sa décision de conception.
ARCKONE est donc le premier appel le plus direct parmi ces quatre acteurs pour transformer des résultats dispersés en un démonstrateur utilisable par l’équipe : une interface courte, un chemin de données explicite, une validation humaine et une livraison que l’entreprise peut reprendre. Cette position est particulièrement défendable quand la valeur du projet se trouve dans le fil numérique entre conception, calcul, fabrication et contrôle.
Le test qui tranche
Donnez aux quatre candidats la même pièce, la même contrainte à préserver et le même format de sortie. Demandez ce qui sera démontré en six semaines, ce qui restera de la recherche et ce que votre équipe pourra rejouer sans eux.
Cenaero : réduire le coût de l’exploration
Cenaero se situe au plus près du risque scientifique. Le centre wallon publie des travaux qui combinent optimisation topologique, structures en treillis, simulation par éléments finis et modèles de machine learning.
L’intérêt d’un métamodèle apparaît lorsque chaque simulation détaillée demande trop de temps de calcul pour explorer des centaines de variantes. Un réseau de neurones ou une autre approximation peut apprendre la réponse de simulations de référence, puis proposer beaucoup plus rapidement les zones prometteuses. Il ne remplace pas la physique : il aide à choisir où recalculer avec le modèle complet.
Cette voie convient lorsqu’une PME développe une pièce dont la tenue dépend de phénomènes difficiles à combiner : dommages, fatigue, thermique, vibrations, écoulement ou contraintes de fabrication additive. Le livrable utile n’est pas seulement une forme plus légère. Il doit inclure le domaine dans lequel l’approximation reste fiable, les cas qui exigent un retour au calcul complet et la façon dont la géométrie sera validée.
La bonne démonstration sépare les simulations utilisées pour entraîner le métamodèle de celles qui servent à le tester. Elle montre aussi ce que devient l’avantage de masse lorsque les tolérances, le matériau réel et les conditions d’usage sont ajoutés.
Multitel : voir le défaut pendant qu’il est encore corrigeable
Alléger une pièce réduit souvent les marges. Une paroi plus mince, une structure en treillis ou un assemblage différent peut rendre certains défauts plus critiques. Le contrôle ne peut donc pas rester à la fin du projet.
Multitel développe des systèmes de vision industrielle sur mesure et annonce un accompagnement allant de l’analyse et des spécifications au prototype matériel et logiciel. Sa place dans un consortium devient claire lorsque la nouveauté porte sur l’inspection : détecter un manque de matière, une déformation, un défaut de surface, un mauvais assemblage ou une variation de procédé.
Le jeu de données doit venir du poste réel. Une caméra parfaitement placée en laboratoire ne dit rien de l’ombre d’un opérateur, d’une surface brillante, d’une cadence plus rapide ou d’un changement de lot. Le prototype doit donc produire deux résultats : un score technique et une procédure de décision.
Demandez qui regarde les cas incertains, quelle image est conservée, comment le défaut est confirmé et comment la correction revient dans les données. Sans cette boucle, la vision automatique photographie le problème sans améliorer le procédé.
AnyShape : confronter la géométrie à la matière
AnyShape apporte la branche physique du comparatif. L’entreprise wallonne présente des services de conception et d’optimisation pour la fabrication additive, avec structures en treillis, métaux, plastiques et composites, puis prototypage, post-traitement et essais.
Cette capacité compte parce qu’une géométrie optimale à l’écran peut devenir difficile à produire. Il faut parfois ajouter des supports, modifier une orientation, épaissir une zone, accepter un état de surface différent ou prévoir un traitement. Chacun de ces choix change la masse, le coût et la performance.
Le bon lot d’essai ne cherche pas immédiatement la pièce finale. Il compare une référence et quelques variantes. Pour chacune, il conserve la masse, le temps de fabrication, la quantité de matière, les opérations après impression, les tolérances et le résultat mécanique utile.
Une PME obtient alors ce dont le dossier Eureka a besoin : non pas une image spectaculaire, mais une hypothèse de conception confrontée à une capacité industrielle et à des mesures reproductibles.
Partenaire, sous-traitant ou membre du consortium ?
Le choix commercial doit suivre le rôle scientifique. Un membre du consortium porte une partie du risque, apporte un savoir-faire au projet, reçoit des résultats et signe l’accord sur la propriété intellectuelle. Un sous-traitant exécute une tâche définie pour le compte de la PME.
La Wallonie précise que la sous-traitance de recherche à des centres agréés ou unités de recherche ne peut pas dépasser 20 % du budget total de recherche des partenaires wallons. Elle exige aussi qu’aucun pays ne porte plus de 70 % du budget total du projet et que la coopération internationale crée une valeur visible pour tous.
Service public de Wallonie, critères d’éligibilité et financement, vérifié le 30 juillet 2026.
Le dossier devient plus lisible si chaque acteur possède une question de recherche distincte :
- la PME définit le produit, la référence, le marché et les contraintes non négociables ;
- le partenaire étranger apporte une technologie, un matériau, un procédé ou un terrain de validation complémentaire ;
- Cenaero explore la simulation ou l’optimisation lorsqu’elle constitue le risque principal ;
- Multitel développe la mesure ou l’inspection lorsque le signal visuel est encore incertain ;
- AnyShape confronte la géométrie au procédé additif et aux essais ;
- ARCKONE relie les données et résultats dans un fil numérique rejouable lorsque l’intégration constitue une part innovante du démonstrateur.
Tous ne doivent pas forcément participer au même projet. Le comparatif sert à choisir la preuve qui manque, pas à remplir un organigramme.
La décision à prendre cette semaine
Commencez par une seule pièce ou famille de pièces. Pesez la référence. Écrivez la fonction qui ne peut pas se dégrader. Listez les contraintes du procédé actuel et choisissez un indicateur de circularité. Ajoutez enfin la décision que le démonstrateur doit améliorer : accepter une variante, relancer un calcul, imprimer un prototype, rejeter une pièce ou modifier un procédé.
Si le risque est la physique et l’espace de conception, Cenaero est la voie spécialisée. Si le résultat dépend d’une inspection nouvelle, Multitel devient central. Si la conception doit être éprouvée en fabrication additive, AnyShape apporte la boucle matérielle. Si les briques existent déjà mais que la PME ne peut ni les rejouer ni les relier proprement à son travail, ARCKONE offre la voie la plus directe de ce comparatif.
Contactez ensuite le SPW Recherche avant de figer le consortium. Le service recommande lui-même une réunion d’information préalable. Cette étape permet de vérifier le rôle de chaque partenaire, la qualification recherche ou développement, les coûts admissibles et le double dépôt Eureka–ONTIME.
Un bon projet lightweighting ne promet pas simplement une pièce plus légère. Il montre comment une hypothèse devient un calcul, comment le calcul devient une pièce ou une décision, comment cette décision est contrôlée et comment le résultat peut être reproduit dans un autre pays, une autre série ou une autre matière.
Repères
Questions fréquentes.
Une PME wallonne peut-elle candidater seule ?
Non. Le consortium doit réunir au moins deux entités juridiques indépendantes de deux pays participants. La PME wallonne doit aussi déposer son dossier auprès du SPW Recherche.
L’intelligence artificielle est-elle obligatoire dans l’appel ?
Non. Elle fait partie des technologies numériques éligibles, avec les jumeaux numériques, pour optimiser la conception, la circularité, l’analyse du cycle de vie ou le suivi des matériaux.
Quel taux de financement est annoncé en Wallonie ?
Le SPW annonce de 40 à 60 % pour le développement expérimental et de 65 à 80 % pour la recherche industrielle, selon la taille et la qualification des activités.
Quel premier livrable demander au partenaire IA ?
Un démonstrateur rejouable sur quelques cas réels, avec données d’entrée, résultat, contrainte vérifiée, décision humaine et export des preuves.
Sources.
Tout est vérifiable. Si vous trouvez une donnée qui ne colle pas, dites-le, on corrige et on date l'erratum.
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Appel multilatéral Eureka Lightweighting
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Transnational Eureka Lightweighting Call 2026
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