Le Gouvernement fédéral vient d’approuver un nouveau code de déontologie pour les agents immobiliers. Pour la première fois, un chapitre doit encadrer l’usage de l’intelligence artificielle dans la profession.

La communication officielle du 18 juillet donne déjà trois limites nettes. L’agent reste pleinement responsable de ses obligations légales et déontologiques. L’IA ne peut pas remplacer son jugement professionnel. Elle ne peut ni servir à tromper une personne, ni recevoir des données à caractère personnel lorsqu’elle est utilisée dans un système ouvert.

Ce cadre ne dit pas « pas d’IA ». Il dit où placer la responsabilité. Pour une agence, la bonne question n’est donc plus « avons-nous le droit d’utiliser ChatGPT ? », mais « quelle tâche pouvons-nous confier à quel outil, avec quelles données et quelle validation ? ».

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Pas encore de date d'effet

Le Gouvernement annonce l'approbation d'un arrêté royal, sans préciser dans cette communication sa publication au Moniteur belge ni son entrée en vigueur. Avant de dater une nouvelle obligation, vérifiez le texte publié et la version diffusée par l'IPI.

Le jugement professionnel reste chez l’agent

Une estimation automatique peut proposer une fourchette. Un générateur de texte peut préparer une annonce. Un assistant peut résumer un procès-verbal de copropriété ou classer les demandes reçues. Aucun de ces résultats ne déplace la responsabilité vers le logiciel.

Cette règle change la manière d’organiser le travail. Une validation humaine ne doit pas être un clic ajouté à la fin du processus. Elle doit porter sur les éléments que le professionnel est censé apprécier : exactitude des caractéristiques, cohérence du prix, information du client, conflits d’intérêts, risque de discrimination et conformité de la publicité.

Prenons une annonce générée à partir d’une fiche de bien. Relire uniquement l’orthographe ne suffit pas. L’agent doit pouvoir vérifier l’adresse, la surface, le certificat énergétique, la situation urbanistique, les charges et chaque promesse formulée. Si l’outil transforme « à rénover » en « prêt à habiter », la phrase reste celle de l’agence aux yeux du client.

Le contrôle utile se place donc avant publication et sur une liste de faits identifiables. Il doit aussi permettre de corriger la source, pas seulement la phrase produite.

« Système ouvert » : traiter l’incertitude comme une limite

La communication gouvernementale interdit d’introduire des données personnelles dans un système d’IA ouvert. Elle ne fournit pas encore, dans cette annonce, une définition technique complète de ce système.

Attendre cette définition pour agir serait une mauvaise économie. Une agence peut appliquer une règle simple : considérer comme ouvert tout service grand public ou tout outil dont le contrat ne répond pas clairement à quatre questions.

QuestionRéponse minimale à obtenir
Où part la donnée ?Pays, sous-traitants et services qui la reçoivent.
Pourquoi est-elle conservée ?Finalité précise, durée et procédure de suppression.
Sert-elle à entraîner un modèle ?Exclusion contractuelle explicite ou mécanisme documenté.
Qui peut la retrouver ?Accès administrateur, journaux et séparation entre clients.

Autorité de protection des données — Intelligence artificielle, vérifié le 26 juillet 2026

Dans l’immobilier, une donnée personnelle n’est pas seulement un numéro de registre national. Un compromis, un dossier locatif, un procès-verbal, un échange sur une dette, une photographie intérieure ou une combinaison d’adresse et de situation familiale peuvent identifier une personne ou révéler des informations sensibles.

Pour un premier usage, le chemin le plus sûr est souvent de retirer les identifiants avant envoi et de limiter l’outil à un modèle de texte ou à une structure. Si la tâche exige le dossier complet, elle doit passer dans un environnement dont les garanties sont validées, et non dans le premier chatbot disponible.

La tromperie commence avant le faux parfait

L’interdiction d’utiliser l’IA pour tromper ne vise pas seulement les deepfakes spectaculaires. Une amélioration visuelle peut déjà modifier la perception d’un bien : effacer une fissure, agrandir une fenêtre, ajouter une vue inexistante ou meubler une pièce sans indiquer qu’il s’agit d’une projection.

Le même risque existe dans le texte. Une description synthétique qui invente un temps de trajet, une qualité de quartier ou une possibilité d’aménagement peut influencer une décision même si elle semble plausible.

Le règlement européen sur l’IA ajoute ses propres règles. Son article 4 impose aux fournisseurs et déployeurs de veiller à un niveau suffisant de maîtrise de l’IA chez les personnes qui l’utilisent pour leur compte. Son article 50 prévoit aussi, à partir du 2 août 2026, des obligations de transparence pour certains systèmes interactifs et contenus générés ou manipulés.

Ces textes ne remplacent pas la déontologie professionnelle. Ils s’empilent avec elle. Une agence peut donc respecter une obligation d’information sur un contenu généré et rester en faute si ce contenu trompe le client ou si personne n’en a vérifié les faits.

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Une mention ne répare pas une image

Écrire « visuel généré par IA » n'autorise pas à masquer un défaut, inventer un équipement ou présenter comme existant un aménagement virtuel. La transparence et l'exactitude sont deux contrôles distincts.

Quatre usages, quatre niveaux de contrôle

Le même outil peut être raisonnable pour une tâche et inacceptable pour une autre. Le tri suivant permet de décider sans créer une politique de cinquante pages.

UsageDécision pratique
Corriger un texte sans donnée clientAutoriser avec relecture de l’auteur.
Préparer une annonce depuis des faits validésAutoriser en brouillon, puis contrôler chaque caractéristique avant publication.
Résumer un dossier contenant des données personnellesBloquer dans un outil ouvert ; utiliser seulement un environnement contractuellement validé.
Estimer un bien ou recommander une décisionGarder une revue professionnelle documentée et ne jamais présenter la sortie comme une décision autonome.

Ce tableau n’est pas une classification juridique définitive. C’est un filtre d’exploitation. Il place les usages simples dans un cadre léger et arrête les usages qui exigent des garanties absentes.

Il évite aussi le faux choix entre interdiction totale et libre-service. Une agence peut autoriser la reformulation d’un texte public tout en bloquant l’import d’un dossier locatif. La règle suit la donnée et l’effet, pas la marque de l’outil.

La fiche d’usage à compléter lundi

Le Plan fédéral PME comprend 89 mesures, dont la modernisation des codes de déontologie des professions réglementées. L’immobilier sert ici de premier signal concret : les règles professionnelles commencent à nommer l’IA directement.

Une agence n’a pas besoin d’attendre une politique générale pour cadrer ses usages actuels. Une fiche par usage suffit si elle reste factuelle.

  • Nommer la tâche exacte et ce que l'outil ne peut pas décider.
  • Lister les données autorisées, interdites et supprimées avant envoi.
  • Identifier le service, sa version et les garanties contractuelles vérifiées.
  • Nommer la personne qui contrôle le résultat avant qu'il touche un client.
  • Définir les faits à vérifier pour une annonce, une estimation ou un dossier.
  • Conserver la version finale, la source des faits et la date de validation.
  • Prévoir l'arrêt immédiat si l'outil invente, divulgue ou modifie une information.

La première fiche devrait porter sur l’usage le plus fréquent, pas le plus ambitieux. Si l’équipe utilise déjà une IA pour rédiger des annonces, commencez là. Prenez un dossier réel, retirez les données qui ne doivent pas sortir, puis vérifiez ce que le système reçoit, produit et conserve.

Le futur code IPI ne transforme pas chaque agent immobilier en auditeur technique. Il rappelle une frontière plus ancienne : un professionnel peut s’aider d’un outil, mais il ne peut pas lui céder son jugement. L’IA peut préparer le travail. La responsabilité, elle, reste attachée au mandat.

Repères

Questions fréquentes.

Le nouveau code interdit-il l'IA aux agents immobiliers ?

Non. L'annonce officielle encadre son usage : l'agent reste responsable, l'IA ne remplace pas son jugement, ne peut servir à tromper et ne doit pas recevoir de données personnelles dans un système ouvert.

Peut-on utiliser une IA pour rédiger une annonce ?

Oui, à condition de vérifier les faits, les mentions obligatoires, l'absence de discrimination et les images avant publication. Le professionnel reste responsable du résultat.

Qu'est-ce qu'un système d'IA ouvert ?

L'annonce gouvernementale ne donne pas encore de définition technique détaillée. Par prudence, une agence doit traiter comme ouvert tout service grand public ou tout outil dont le contrat ne garantit pas clairement l'isolement, la finalité et la maîtrise des données.

Le nouveau code est-il déjà applicable ?

Le Gouvernement annonce l'approbation de l'arrêté royal, mais sa communication ne précise pas la date d'entrée en vigueur. Il faut vérifier la publication au Moniteur belge et la version diffusée par l'IPI avant d'attribuer une date d'effet.

Sources.

Tout est vérifiable. Si vous trouvez une donnée qui ne colle pas, dites-le, on corrige et on date l'erratum.

  1. Primaire 2026-07-26
  2. Primaire

    Plan fédéral PME

    SPF Économie

    2026-07-26
  3. Primaire

    Intelligence artificielle (IA)

    Autorité de protection des données

    2026-07-26
  4. Loi 2026-07-26
  5. Primaire

    La déontologie de l'agent immobilier

    Institut professionnel des agents immobiliers

    2026-07-26